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Langues mortes, pensée vivante


 

​01/02/2016

 

Le management saurait-il se passer des langues mortes ?

 
Le latin comme le grec sont des vecteurs de connaissances. La nécessité de leur enseignement tient en ce qu’ils permettent ni plus ni moins de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Considérer une langue morte ou inactive, c’est considérer qu’elle n’a plus de sens, de conséquences. À l’évidence, ni le grec ni le latin ne sont dans une telle situation. Autrement dit, leur connaissance et apprentissage sont déterminants pour comprendre notre monde contemporain, y compris dans des domaines tels que le management et la gestion. 

L’innovation est soit adulée, soit condamnée ; soit perçue comme « l’objet dont nous rêvions », soit comme « le nouveau truc dont nous n’avons pas besoin ». L’innovation n’a pourtant pas à recueillir les faveurs des uns ou l’accusation des autres, elle est simplement une nécessité. C’est même la seule voie pour la survie de tout organe, organisation, quels que soient son âge, sa forme ou sa typologie. En cela, elle se différencie de l’invention qui elle, ontologiquement, n’a aucune velléité à générer quoi que ce soit : ni valeur, ni croissance, ni développement.

Si Schumpeter et le Manuel d’Oslo sont les références pour définir l’innovation, nous avons besoin d’en passer par une compréhension plus profonde pour appréhender complètement ce qu’elle recouvre. C’est son équivalent latin qui nous éclaire, innovare, in pour l’intérieur et novare pour changement, modification. Ainsi l’innovation, c’est le changement à l’intérieur de quelque chose, de l’organe, de l’organisation dans une optique de survie. Les modifications qui provoquent l’innovation sont dues aux évolutions de l’environnement, que ce soit la concurrence ou le climat par exemple.

C’est ainsi que nos dents de sagesse ne sont plus utiles aujourd'hui à notre survie quand, à l’évidence, elles furent fondamentales pour la mastication il y a plusieurs milliers d’années. Dans le même ordre d’idée, c’est bien l’iPod qui a sauvé l’entreprise Apple qui, avant ce lancement déterminant, était au bord de l’asphyxie.

La compréhension de l’innovation par son origine grecque, kainotomia, n’est pas moins utile lorsque l’on parle d’innovation de rupture par exemple. Ce type d’innovation qui bouleverse un marché ou des comportements se réfère au grec kainos qui signifie l’introduction de quelque chose d’inattendu, de phénoménal. Gardons à l’esprit que lorsque nous innovons de manière radicale, nos concitoyens risquent de s’opposer à cette nouvelle proposition, kainos étant le terme utilisé par les accusateurs de Socrate lors du procès qui le conduisit à la mort.

Sans passer par les racines de la notion d'innovation, nous demeurons dans une compréhension superficielle de celle-ci ; plus grave encore, des amalgames se font avec d’autres notions comme l’invention ou la nouveauté par exemple, concepts qui n’ont rien à voir avec les stratégies, les investissements, les méthodes requises par l’innovation.

Enseigner dès le plus jeune âge les langues comme le latin ou le grec, c’est enseigner la compréhension du monde contemporain. Peut-être ne le soulignons-nous pas suffisamment... C’est une démarche que l’on acquiert, une méthode qui permet de se référer avec justesse à la signification de nos mots, de nos expressions, de nos dires.

Nous avons besoin d’étudiants formés à ces langues car ils sont porteurs d’une solidité intellectuelle, d’une rigueur conceptuelle tout à fait pertinente dans le monde du management et de la gestion. Il ne faut plus croire qu’un élève qui s’intéresse de près aux lettres classiques se destine de fait à des études littéraires. Avec pertinence, les littéraires investissent les écoles de commerce et d’ingénieurs ; ces croisements disciplinaires sont d’ailleurs hautement profitables pour eux, pour la société, pour développer la créativité, tout simplement pour innover.

 

 


 

 


 

 


 

 


 
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