Avec Boat to Grid, les bateaux de plaisance produisent de l’énergie renouvelable lorsqu’ils sont amarrés au port

Lauréat des Trophées Innovation Océan, le projet Boat to Grid propose de placer les plaisanciers au cœur de la production d’énergie renouvelable. Porté par l’entreprise Littoral Énergies Partagées, il vise à créer des réseaux d’autoconsommation collective dans les ports de plaisance en valorisant l’électricité produite à bord des bateaux qui se trouvent à quai ainsi que celle produite par les centrales installées sur les  infrastructures portuaires. Une solution innovante pour accélérer la transition et réduire la dépendance énergétique des ports de plaisance.

Valoriser un potentiel énergétique sous-exploité et non quantifié

Porté par la jeune startup Littoral Énergies Partagées, le projet Boat to Grid repose sur une idée simple : exploiter les énergies inexploitées produites par les bateaux à quai. « De nombreux bateaux de plaisance sont des habitats autonomes en mer, mais 90 % d’entre eux restent 90 % du temps au port », explique Bertrand Castelnerac, président de la société. Équipés de panneaux solaires ou d’éoliennes, ces navires produisent pourtant une énergie qui, faute d’infrastructure adaptée, reste inutilisée. Boat to Grid entend répondre à cet enjeu en rendant possible l’injection de ce surplus d’électricité dans le réseau interne du port.

Aujourd’hui, il n’est pas possible d’évaluer la consommation réelle des usagers. En installant des bornes Boat to Grid capables de mesurer à la fois les consommations et les productions, les ports pourront mieux piloter leur réseau, encourager la sobriété énergétique et réaliser des économies significatives.

Une approche collaborative et durable

Au-delà de la performance technique, le projet propose un modèle sociétal innovant. « Avec Boat to Grid, nous exploitons ce potentiel énergétique inexploité en mutualisant les capacités de production et de stockage des bateaux, tout en installant des moyens de production EnR sur les infrastructures déjà artificialisées », explique Bertrand Castelnerac.

Les plaisanciers deviennent ainsi acteurs de la transition énergétique, en rejoignant des communautés locales de production d’énergie. Ce fonctionnement en réseau intelligent, associé à des outils de gestion des flux électriques, permet de stabiliser le système et, dans certains cas, d’effacer totalement la consommation d’une zone du port.

Le chaînon manquant de l’électrification de la plaisance

Le projet Boat to Grid souhaite répondre et anticiper les attentes du Green Deal Européen, du consilium  Fit for 55 et du RefuelEU qui ont engendré la loi AFIR. Ce cadre législatif vise à favoriser la décarbonation du secteur maritime et le développement de la motorisation électrique.

En effet, Boat to Grid permet aux ports de plaisance de se préparer à l’arrivée de bateaux équipés de moteurs électriques, dont les besoins en énergie seront bien plus importants. L’autoconsommation devient alors un levier stratégique : elle transforme ainsi une contrainte en opportunité.

À l’image du principe Vehicle to Grid dans le secteur automobile, ces nouveaux bateaux motorisés électriquement disposeront de batteries bien plus performantes, capables de stocker jusqu’à dix fois plus d’électricité que les bateaux actuels. Les systèmes de production embarqués (solaire, éolien) seront également plus puissants, ce qui ouvre la voie à une augmentation significative des capacités de production et de stockage sur site.

Ce dispositif offre l’opportunité aux ports de mieux exploiter leurs surfaces déjà artificialisées et d’adresser un signal fort aux plaisanciers souhaitant électrifier leur motorisation : des places adaptées, une énergie partagée et des avantages concrets en échange de l’usage des capacités embarquées de production et de stockage.

En remplaçant le chaînon manquant entre la production embarquée et l’infrastructure portuaire, Boat to Grid rend possible l’électrification de la plaisance à grande échelle, sans dépendre du réseau public. L’autoconsommation permet de produire et consommer localement, sans alourdir les réseaux de distribution, parfois difficiles à renforcer dans des zones littorales isolées. À la clé : moins de CO₂, moins de pollution de l’air et du littoral.

Une expérimentation prometteuse à Larmor-Plage

Depuis deux ans et demi, une expérimentation menée sur le port du Kernével, à Larmor-Plage (Morbihan), confirme la viabilité du modèle : en raccordant les bateaux producteurs d’énergie, il serait possible de couvrir jusqu’à 50 % des besoins annuels en électricité du port. « La réglementation pousse de plus en plus à l’autoconsommation, qu’elle soit collective ou individuelle. Produire localement, pour consommer localement, c’est la voie vers laquelle nous nous dirigeons », souligne-t-il.

Les Trophées Innovation Océan ont permis au projet de se faire connaître. « Ce prix nous a donné une belle visibilité : nous avons reçu beaucoup de retours de la part de nombreux ports du littoral français que ce soit en Atlantique, Manche ou Méditerranée, de relais dans la presse et de contacts intéressants », explique Bertrand Castelnerac.

Prochaine étape pour Littoral Énergies Partagées : l’ouverture du capital pour accélérer le développement de Boat to Grid, finaliser l’industrialisation des kits de raccordement et des bornes intelligentes, et préparer leur mise sur le marché à l’horizon 2026.