Emmanuelle Dalapa, une reconversion réussie dans l’ostréiculture
En 2018, après onze ans dans la communication, Emmanuelle Dalapa décide de changer radicalement de vie. Après une formation et plusieurs stages, elle crée en 2022 La Paulette, son exploitation ostréicole à Locmariaquer, dans le Morbihan. Elle y produit des huîtres naturelles, vendues exclusivement en direct, avec une approche artisanale et respectueuse de l’environnement. Accompagnée par Crédit Maritime depuis ses débuts, elle revient sur son parcours, les défis de son installation et sa vision d’un métier aussi exigeant que passionnant.
Après onze ans dans la communication, qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir ostréicultrice ?
J’avais fait toute ma carrière dans la communication, d’abord au conseil régional de Tarn-et-Garonne, puis dans une collectivité du sud de la France. Au bout de onze ans, j’en ai eu assez des bureaux et de la vie en ville. Je vivais à Toulouse, mais j’avais grandi près de La Rochelle et j’avais envie de retrouver un lien avec la mer.
Au départ, j’ai envisagé plusieurs métiers. J’ai même pensé devenir marin-pêcheur, mais partir plusieurs jours en mer ne correspondait pas à la vie que je voulais construire. L’ostréiculture s’est imposée progressivement. Je n’y connaissais absolument rien, à part le plaisir de manger des huîtres. J’ai commencé par une immersion de dix jours, puis j’ai effectué plusieurs stages dans différentes régions avant de suivre une formation au CFPPA de Bourcefranc. C’est au cours de mon stage de fin d’études, dans le Morbihan, que je me suis dit : « C’est ici que je veux m’installer. »
Comment s’est fait le choix de votre installation ?
Au départ, je devais reprendre une exploitation avec un ostréiculteur qui partait à la retraite. Finalement, le projet n’a pas abouti. Sur le moment, c’était déstabilisant, parce que je me sentais encore novice. Je ne venais pas d’une famille d’ostréiculteurs et je savais qu’il me restait beaucoup à apprendre.
Puis je me suis dit que j’allais avancer malgré tout. Je savais que je ferais des erreurs, mais aussi que je pourrais demander conseil à d’autres professionnels. C’est comme ça que je me suis lancée.
Pour financer mon installation, j’ai présenté mon projet à plusieurs banques. Deux ont accepté de m’accompagner, mais j’ai choisi Crédit Maritime. Il y a eu un vrai coup de cœur avec ma conseillère Sophie Guillermic, autant pour le suivi de mon projet que pour la relation de confiance qui s’est installée dès le départ. Aujourd’hui, Audrey Le Toulec a pris le relais et je retrouve la même disponibilité. À chaque nouveau projet, elles prennent le temps d’étudier les solutions avec moi. Elles ne me ferment jamais la porte et m’ont toujours fait confiance, alors même que je n’étais pas issue du métier. C’est précieux quand on crée son entreprise.
Vous défendez une ostréiculture engagée. Pourquoi ce choix ?
Dès le départ, je voulais développer une exploitation qui me ressemble. Je produis uniquement des huîtres naturelles, sans huîtres triploïdes, et je privilégie l’approche la plus respectueuse possible de l’environnement. Je fais notamment partie du réseau des ostréiculteurs traditionnels qui défend ce mode de production.
J’ai également choisi de limiter au maximum la mécanisation. Ici, il n’y a ni chaîne de tri automatisée ni gros engins. Une grande partie du travail se fait encore à la main et, lorsque c’est possible, je préfère même tirer mon bateau jusqu’aux parcs plutôt que d’utiliser le moteur afin de réduire mon impact.
Je fais aussi le choix de la vente directe, soit sur les marchés, soit sur l’exploitation avec un espace de dégustation. Tout cela correspond à la façon dont j’avais envie d’exercer ce métier.
À quoi ressemble votre quotidien d’ostréicultrice ?
Il n’y a pas de journée type. Mes deux patronnes, ce sont la lune et la météo ! Ce sont elles qui décident de mon emploi du temps.
Une semaine sur deux, je vais sur les parcs, trois à cinq fois selon les coefficients de marée. Je relève les poches, je trie les huîtres, je les remets à l’eau, je les retourne pour éviter qu’elles s’accrochent aux mailles ou je les change de poche lorsqu’elles grandissent.
L’autre semaine est consacrée au calibrage, à la préparation des commandes, à la vente directe, à la dégustation sur l’exploitation, mais aussi à toute la partie administrative. Comme dans beaucoup de petites entreprises, on fait un peu tout.
Vous êtes arrivée seule dans le Morbihan pour créer votre entreprise. Quels ont été les principaux défis ?
Quand je me suis installée, je ne connaissais personne. Je suis arrivée avec ma valise, sans famille et sans amis sur place. Les journées étaient très longues, parfois douze à quinze heures de travail, et une fois rentrée, j’étais trop fatiguée pour sortir ou rencontrer du monde.
J’ai passé quelques soirées à me demander si j’avais fait le bon choix. Puis, petit à petit, j’ai rencontré des personnes, créé des liens et trouvé ma place.
Créer une entreprise demande aussi beaucoup de patience. Les premières années, il faut investir, rembourser les emprunts et accepter de mettre sa vie personnelle entre parenthèses. Aujourd’hui, les efforts commencent à porter leurs fruits. Je peux enfin m’accorder une demi-journée de repos par semaine et je prépare même mes premières vraies vacances depuis le lancement de La Paulette.
Cette année marque également une nouvelle étape : mon mari rejoint l’exploitation. Ancien restaurateur, il prendra en charge l’activité de dégustation, ce qui me permettra de consacrer davantage de temps à la production.
Vous exercez un métier encore très masculin. Comment avez-vous trouvé votre place ?
Lorsque je suis arrivée dans le Golfe du Morbihan, ce n’était pas forcément évident. Je n’étais pas Bretonne, je ne venais pas du métier et j’étais une femme. Au début, je sentais bien que certains me regardaient avec curiosité en se demandant ce que je venais faire là.
Petit à petit, les choses ont changé. J’ai été aidée par d’autres ostréiculteurs et j’ai gagné leur confiance. Aujourd’hui, il arrive même que des collègues me demandent un conseil ou un coup de main, et inversement. Il y a un vrai esprit d’entraide dans la profession.
Les mentalités évoluent aussi. Il reste parfois quelques réflexes : lorsqu’ils voient mon mari, certaines personnes pensent encore que c’est lui l’ostréiculteur. Mais les choses changent progressivement et il y a de plus en plus de femmes qui exercent le métier, y compris sur les parcs ou en mer.
Comment voyez-vous l’avenir de l’ostréiculture ?
Je reste en contact avec l’école où je me suis formée et, au fil des années, je vois que les promotions sont de moins en moins nombreuses. Il y a aussi moins de repreneurs pour les exploitations et davantage d’entreprises à vendre. C’est un premier signal qui interpelle.
Le métier doit aussi faire face aux épisodes de contamination et aux conséquences du réchauffement climatique. Lorsqu’une zone est fermée pendant plusieurs semaines, certaines exploitations, notamment celles qui emploient plusieurs salariés, peuvent avoir beaucoup de mal à s’en relever.
Je pense que l’avenir de la profession passera par un dialogue encore plus étroit entre les ostréiculteurs, les collectivités et les acteurs du territoire, notamment sur les questions d’assainissement et de qualité de l’eau.
Les huîtres française sont reconnues et la France reste le premier exportateur mondial : j’ose donc espérer que l’ostréiculture a encore de belles années devant elle, mais cela demandera de continuer à travailler ensemble.