L’association La Touline, près de 40 ans au service des métiers de la mer

Depuis 1989, La Touline accompagne les personnes qui souhaitent construire ou faire évoluer leur parcours professionnel dans les métiers de la mer. Directrice de l’association, Anne Le Page œuvre depuis près de 30 ans pour faire connaître ces métiers et accompagner celles et ceux qui souhaitent s’y engager. Cliente du Crédit Maritime depuis 1996, La Touline a également bénéficié du soutien de sa Fondation pour certaines de ses actions. Entretien.

Comment La Touline accompagne-t-elle les parcours professionnels dans les métiers de la mer ?

À l’origine, La Touline avait été créée pour aider des marins à retrouver un embarquement, dans un contexte de crise. Au fil des années, ses missions se sont élargies.

Aujourd’hui, notre ADN reste l’emploi et le projet professionnel dans les métiers de la mer. Nous intervenons également dans l’orientation et la formation. L’objectif est de pouvoir accompagner une personne en fonction de son besoin : l’informer, l’aider à construire ou sécuriser son projet professionnel, l’accompagner vers l’emploi ou, si nécessaire, vers une formation ou une validation des acquis de l’expérience.

Les personnes que nous accompagnons ont des profils très différents. Il peut s’agir de jeunes qui découvrent les métiers de la mer, de personnes qui souhaitent se reconvertir ou encore de professionnels du maritime qui veulent évoluer vers un autre métier.

Et les métiers concernés ne sont pas uniquement les métiers embarqués. Au fil des parcours que nous avons accompagnés, La Touline s’est ouverte à d’autres secteurs : l’industrie navale, le nautisme, les activités portuaires, la logistique ou encore les énergies marines renouvelables.

Nous travaillons également avec différents partenaires, car nous ne pouvons pas tout faire seuls. En fonction du projet, nous pouvons orienter une personne vers un organisme de formation, le Service social maritime, les Affaires maritimes ou encore une entreprise, notamment pour découvrir un métier ou effectuer une période de mise en situation professionnelle.

Comment cela se traduit-il concrètement au quotidien ?

Nous nous adaptons à chaque personne et à sa situation. La Touline est implantée dans plusieurs territoires, avec son siège à Brest et des antennes à Marseille, Lorient et Nantes, ainsi qu’une représentation à Boulogne-sur-Mer. Cette présence locale nous permet de rester au plus près des personnes que nous accompagnons.

Lorsqu’une personne habite à proximité de l’une de nos implantations, nous pouvons la recevoir directement. Le premier échange permet avant tout de l’écouter et de comprendre son besoin et ses attentes.

Pour les personnes qui vivent plus loin, un premier échange peut se faire par téléphone. Nous privilégions vraiment la parole et la relation directe.

Ensuite, l’accompagnement dépend du projet. Nous pouvons aider à préciser une orientation, sécuriser un parcours professionnel, accompagner une recherche d’emploi ou identifier une formation adaptée.

La relation de proximité est importante pour nous. Le bouche-à-oreille fonctionne d’ailleurs beaucoup dans ce secteur : des personnes que nous avons accompagnées parlent ensuite de La Touline autour d’elles et viennent parfois nous recommander à leur tour.

Quelle place les femmes occupent-elles aujourd’hui dans les métiers de la mer ?

Nous voyons des jeunes femmes qui viennent se renseigner sur les métiers de la mer, mais aussi des femmes qui sont dans une démarche de reconversion professionnelle.

Pour autant, il existe encore des stéréotypes. Certaines jeunes filles peuvent être intéressées par ces métiers mais hésiter à s’y engager. Des parents peuvent également avoir des inquiétudes, notamment à l’idée que leur fille travaille à bord d’un navire au sein d’un équipage masculin.

C’est notamment pour cette raison que La Touline a créé, à partir de 2022, l’exposition « La mer se décline au féminin », qui présente des parcours de femmes exerçant différents métiers en lien avec la mer.

L’objectif est de montrer des parcours réels. Pour lever les clichés, rien ne vaut le témoignage de professionnelles qui peuvent parler de leur métier et raconter leur expérience.

Nous avons d’ailleurs constaté, lors d’échanges avec des collégiens, qu’il existait encore beaucoup de représentations. Certains avaient du mal à imaginer qu’une femme puisse être capitaine ou chef mécanicienne.

Il faut donc continuer à en parler, à faire témoigner des professionnelles et à montrer que ces parcours existent.

Quels sont les grands enjeux auxquels les métiers de la mer doivent aujourd’hui faire face ?

Il y a d’abord un enjeu de connaissance des métiers. La mer attire et suscite de la curiosité, notamment chez les jeunes. Mais certaines personnes peuvent aussi avoir une représentation du métier qui ne correspond pas forcément à la réalité.

Notre rôle est donc d’apporter une information concrète et de permettre aux personnes de confronter leur projet à la réalité. Lorsqu’un projet est suffisamment réfléchi, il est notamment possible de le tester à travers une période de mise en situation professionnelle.

Il faut aussi continuer à faire connaître la diversité des métiers. On ne se rend pas toujours compte à quel point la mer est présente dans notre quotidien. Pendant la pandémie, par exemple, les navires ont continué à transporter des marchandises. Des marins ont également assuré la maintenance des câbles sous-marins qui permettent nos communications. La pêche participe à la souveraineté alimentaire, le transport maritime joue un rôle dans les échanges commerciaux et économiques, tandis que d’autres activités sont liées à la construction navale ou à la défense. Quand on commence à regarder l’ensemble de ces activités, on se rend compte que la mer est partout dans notre quotidien.

Le secteur doit également s’adapter aux évolutions du climat. Les professionnels de la mer y sont directement confrontés et certains métiers sont liés aux enjeux du développement durable.

Ces transformations peuvent aussi susciter l’intérêt des jeunes, mais il faut continuer à leur faire connaître les métiers, les formations et les possibilités qu’offre le secteur maritime.

Comment voyez-vous l’avenir de La Touline ?

La Touline existe depuis 1989 et a toujours su évoluer et s’adapter aux transformations de la société et du secteur maritime.

Mais aujourd’hui, il est difficile de savoir précisément ce que seront les prochaines années. Le contexte économique et international rend les prévisions complexes, à commencer pour 2027. Malgré tout, je reste une personne optimiste et notre histoire montre que nous avons déjà traversé des périodes compliquées en sachant nous adapter.

Nous pouvons nous appuyer sur une équipe engagée et sur des partenaires qui nous accompagnent dans nos actions. Et nous avons aussi la chance de pouvoir compter sur des bénévoles, notamment des personnes qui ont elles-mêmes travaillé dans le secteur maritime et qui souhaitent transmettre leur expérience.

C’est important pour moi de le souligner : La Touline, ce sont avant tout des femmes et des hommes. Des personnes qui donnent de leur temps, transmettent leur expérience et accompagnent d’autres personnes dans leur parcours.

C’est cela, finalement, l’état d’esprit de La Touline : être dans le concret, dans l’écoute, la transmission et le collectif.


Anne Le Page : 30 ans d’engagement auprès de La Touline

Originaire de Brest, Anne Le Page se spécialise en droit maritime après des études de droit à Vannes et à Brest. Pendant son cursus, elle fait du bénévolat au sein de La Touline-Bretagne.

En 1996, l’un des fondateurs de l’association, Yves Quérébel, lui propose de remplacer une salariée qui reprend ses études. Alors qu’elle envisageait initialement de devenir avocate, Anne Le Page est attirée par l’approche concrète et humaine de La Touline, au contact des parcours et des histoires de vie des personnes accompagnées : « C’était en 1996… et j’y suis toujours ! ».