Océans Connectés : un média scientifique pour mieux comprendre l’océan

Physicienne océanographe, Carole Saout-Grit a travaillé plus de dix ans dans le milieu académique, au sein de laboratoires et instituts de recherche en océanographie. Après son déménagement à Nantes en 2007, elle fonde le bureau d’études GlazeO pour poursuivre son expertise de manière indépendante. Forte de vingt ans d’expérience en recherche et en communication scientifique, elle lance en 2021 Océans Connectés, un média en ligne soutenu par le Crédit Maritime Grand Ouest dédié aux sciences de la mer. Elle revient ici sur la genèse et les ambitions de ce projet.

Comment est né Océans Connectés ?

L’idée d’Océans Connectés à germer en 2015-2016, à la suite de plusieurs constats.

En arrivant à Nantes, j’ai d’abord travaillé dans un bureau d’études, avant de créer le mien, GlazeO, que je dirige depuis près de dix-huit ans. Ce changement de cadre m’a permis de porter un double regard : celui de la scientifique et celui de l’entrepreneure. J’ai alors constaté un manque de lien entre le monde académique et d’autres sphères de la société, notamment le monde économique. En parallèle, je recevais beaucoup de sollicitations d’étudiants, de jeunes diplômés ou de personnes en reconversion qui cherchaient à comprendre les métiers des sciences de la mer et à identifier des interlocuteurs. Les points d’entrée restaient limités et peu lisibles.

À cette période, j’ai également commencé à m’impliquer dans des travaux de vulgarisation scientifique pour rendre les résultats de recherche accessibles, notamment aux décideurs politiques, ce qui m’a aussi conduite à me former à la communication scientifique. 

À cela s’ajoutait un contexte général : l’océan, longtemps absent du débat public, commençait à apparaître de plus en plus dans l’actualité à mesure que les événements extrêmes et les enjeux climatiques se multipliaient. Ces différents éléments m’ont amené au constat qu’il y avait un réel besoin de créer un nouvel espace dédié pour connecter les acteurs, valoriser les connaissances scientifiques et partager les initiatives existantes.

Après plusieurs années de réflexion, l’idée a réellement pris forme début 2021, après le Covid.

Quels objectifs et missions poursuit le média ?

J’ai créé cette plateforme numérique pour qu’elle devienne un espace médiatique unique qui permette de parler de l’océanographie et des différents faits scientifiques liés à l’océan, tout en faisant passer certains messages et en mettant en avant les solutions pour avancer positivement dans les décennies à venir.

L’objectif est d’intérêt général : rassembler ceux qui font la science mais aussi toucher ceux qui souhaitent s’emparer de ces connaissances (décideurs, grand public…)..

Océans Connectés est conçu comme un espace médiatique indépendant qui, par la richesse de ses contenus, donne la parole aux acteurs de l’océan, valorise leurs initiatives et crée des connexions entre eux et avec la société dans son ensemble.

3) Comment fonctionne Océans Connectés et quelles thématiques y sont abordées ?

Océans Connectés est un média spécialisé dont l’ADN n’est pas forcément de rebondir sur l’actualité chaude comme le ferait un média généraliste. Nous proposons des articles brefs d’information, des formats hebdomadaires de décryptage et des articles plus longs mensuels ou semestriels pour permettre l’analyse en profondeur de certains sujets. Parmi les thématiques principales, on retrouve notamment :

  • Le climat et l’océan : le rôle de l’océan comme modérateur du réchauffement climatique et son état de santé qui se dégrade en conséquence face aux événements extrêmes, aux vagues de chaleur, à la perte de biodiversité, à l’acidification ou à la fonte des glaces.
  • La biodiversité et les pollutions : l’observation des impacts des activités humaines, pas seulement les pollutions plastiques mais aussi les pollutions sonores ou lumineuses, et leur lien direct avec nos activités.
  • Les technologies et les sciences : toutes les technologies utilisées pour observer, mesurer et comprendre l’océan, en mer ou depuis l’espace, ainsi que les outils numériques qui permettent de faire avancer la connaissance et de produire des prévisions.

La plateforme inclut aussi des rubriques culturelles et éducatives, portraits et interviews, pour valoriser les acteurs, incarner la science et susciter des vocations.

4) Quels sont les projets à venir pour Océans Connectés ?

Nous travaillons à renforcer la plateforme pour faciliter le parcours utilisateur et rendre les contenus plus lisibles. Nous voulons proposer un mélange de formats : actualités courtes, décryptages hebdomadaires et grands angles mensuels ou bimensuels.

Nous préparons également le troisième grand format, après deux dossiers publiés en 2024 et 2025. Ces grands formats, d’environ 80 pages chacun, permettent de décrypter en profondeur un sujet, avec des articles spécialisés et des dossiers thématiques. L’objectif pour 2026 est de publier ce nouveau numéro au moment de la Journée mondiale de l’océan en juin, à la fois en version numérique et magazine imprimé, comme pour nos précédents dossiers.

Enfin, nous souhaitons réactiver certaines séries déjà lancées, comme les interviews de grands témoins ou les focus sur les métiers de la recherche, pour dynamiser notre contenu et proposer un regard à la fois expert et accessible sur les sciences de la mer.

5) Quelles sont les principales difficultés et comment financez-vous le projet ?

Le premier défi a été de faire exister Océans Connectés dans un paysage médiatique déjà fourni. Il fallait montrer que la science de l’océan peut intéresser au-delà de la communauté scientifique et séduire un public plus large. Aujourd’hui, la plateforme rassemble entre 7 000 et 8 000 utilisateurs par mois, avec une communauté de 4 000 à 5 000 abonnés sur les réseaux sociaux et plus de 2 000 abonnés à la newsletter mensuelle.

Aujourd’hui, le second défi est d’assurer l’indépendance du média tout en garantissant sa pérennité économique. Depuis le début, le média bénéficie du soutien de partenaires fidèles, comme le Crédit Maritime Grand Ouest, qui a rapidement perçu l’intérêt de cette plateforme spécialisée pour connecter les acteurs de l’océan et partager la connaissance scientifique. Pour diversifier ses soutiens et renforcer le projet collectif, une association d’intérêt général sera prochainement créée, adossée à la plateforme. Cette démarche pourrait, à terme, permettre à Océans Connectés de redevenir un média gratuit, ouvert à tous, tout en conservant son indépendance et sa qualité éditoriale.