Dans le Grand Ouest, le recyclage des cheveux ouvre de nouvelles voies

Chaque jour en France, des milliers de cheveux coupés sont jetés avec les déchets des salons de coiffure, ce qui représente environ 4 000 tonnes par an, selon l’entreprise Capillum. Pourtant, cette matière naturelle possède des caractéristiques qui permettent de lui donner une seconde vie. Composés à 95 % de kératine, les cheveux ont notamment la capacité d’absorber certaines substances, comme les hydrocarbures. Dans le Grand Ouest, plusieurs initiatives contribuent à structurer cette filière et à transformer ce déchet du quotidien en nouvelle ressource.

Des filières pour collecter et valoriser les cheveux

Créée en 2015, l’association Coiffeurs Justes a développé un réseau de salons engagés dans la collecte des cheveux coupés pour créer la première filière de recyclage. Chaque salon membre reçoit des sacs spécialement conçus pour les collecter, avant de les envoyer à des centres partenaires. En quatre ans, l’association a ainsi collecté 250 tonnes de cheveux. Le réseau de Coiffeurs Justes rassemble plus de 5 200 établissements, recensés sur sa carte interactive, dont plusieurs centaines dans le Grand Ouest.

L’entreprise Capillum, créée en 2019, a également développé un réseau national de collecte et de valorisation des cheveux coupés. Elle revendique aujourd’hui 6 000 salons engagés, qu’il est possible de localiser sur leur site grâce à la Capi’map, et collecte entre 15 et 20 tonnes de cheveux chaque mois. Les professionnels disposent d’un kit de collecte et peuvent faire récupérer les cheveux directement au salon ou les déposer dans un point relais.

À quoi servent les cheveux une fois collectés ?

1. Dépolluer les eaux et les sols

Les cheveux présentent une capacité naturelle à absorber les graisses et peuvent en retenir jusqu’à huit fois leur poids. Un kilogramme de cheveux peut ainsi absorber jusqu’à huit kilogrammes d’hydrocarbures.

Coiffeurs Justes et Capillum transforment ainsi les cheveux collectés en boudins destinés à absorber les hydrocarbures présents dans les ports, les fonds de cale des bateaux, les cours d’eau, les océans ou encore les sols industriels pollués. Après avoir été utilisés, les boudins sont ensuite revalorisés pour produire de l’énergie.

En 2020, Capillum a notamment envoyé des cheveux collectés en France à l’île Maurice pour participer à la lutte contre la marée noire du Wakashio. Des boudins de cheveux ont été utilisés pour lutter contre les 3800 tonnes de fuel et 200 tonnes de diesel qui menaçaient les massifs coralliens, mangroves et lagons.

2. Préserver les sols et accompagner l’agriculture

Capillum a aussi développé Capinea, un paillage fabriqué à partir de cheveux collectés auprès de salons partenaires et de laine destinée à être jetée. Le produit est utilisable en agriculture biologique et peut être installé autour des plantations, des arbres ou dans les potagers pour maintenir plus longtemps l’humidité du sol. Il peut également constituer une barrière naturelle contre les limaces et les escargots. Une fois arrivé en fin de vie, le matériau peut être laissé dans le sol pour se décomposer ou être intégré au compost.

3. Produire de nouveaux matériaux

Les cheveux collectés peuvent également servir de matière première pour fabriquer de nouveaux produits :

  • Isolation : Coiffeurs Justes collabore avec Sol-Hair Insulation et Ecofhair pour développer des panneaux d’isolation thermique et acoustique à partir de cheveux collectés dans les salons.
  • Cosmétique : avec l’entreprise HKVOR, l’association Coiffeurs Justes travaille sur la transformation de la kératine contenue dans les cheveux en kératine biomimétique, destinée aux fabricants de produits cosmétiques.
  • Textile : Capillum a développé des prototypes de doudounes dont le rembourrage intègre des fibres capillaires recyclées. Le projet est encore en phase de développement.

4. Donner une seconde vie aux cheveux longs

Tous les cheveux coupés ne suivent pas nécessairement une filière de recyclage. Lorsqu’ils sont suffisamment longs, ils peuvent également être donnés pour fabriquer des perruques, notamment destinées à des personnes atteintes de cancer.

Dans le Grand Ouest, cette démarche est notamment portée par le collectif Tous de Mèche, né à Rennes dans le cadre d’Octobre Rose. Des entreprises et leurs collaborateurs participent à des collectes de cheveux, en partenariat avec des professionnels de la coiffure et des associations spécialisées.

En 2025, l’opération a permis de collecter 355 kg de cheveux, soit 536 mètres de mèches, auprès de 837 participants.

5. Explorer des applications médicales

La kératine extraite des cheveux fait également l’objet de recherches dans le domaine médical. Des travaux scientifiques étudient notamment son utilisation pour développer des biomatériaux destinés à la cicatrisation et à la régénération des tissus, mais aussi des systèmes permettant de contrôler la diffusion de certaines substances actives.

Encore récente, la filière du recyclage des cheveux est aujourd’hui en phase de structuration. Collecte, transformation et nouveaux débouchés prometteurs se développent progressivement en France et dans le Grand Ouest, avec l’objectif de traiter davantage de volumes et de multiplier les applications.