Sophie Guillermic : 25 ans d’engagement aux côtés des professionnels de la mer
Depuis plus de 25 ans, Sophie Guillermic accompagne les professionnels de la mer du Grand Ouest. D’abord conseillère, puis directrice d’agence, elle devient en 2020 experte pêche et cultures marines avant d’être nommée, en 2025, responsable clientèle Crédit Maritime dans le Morbihan. Au fil des années, elle a tissé des liens forts avec les pêcheurs, ostréiculteurs et mytiliculteurs qu’elle suit au quotidien. Un engagement qui lui a valu d’être récemment distinguée Chevalière de l’Ordre du Mérite Maritime. Rencontre.
Vous êtes entrée au Crédit Maritime en 1999. Comment s’est construite votre trajectoire au sein de la filière maritime ?
J’ai commencé à l’agence de Lorient-Port. Un site emblématique, juste à côté du port de pêche. Très vite, j’ai travaillé avec des clients liés au monde maritime, notamment des patrons pêcheurs.
Au fil des années, j’ai accompagné plusieurs générations de pêcheurs dans leurs projets : financement de bateaux, reprise d’entreprise, investissements. En 2019, je suis devenue directrice d’agence à Moëlan-sur-Mer, avant de rejoindre en 2020 la filière maritime comme experte pêche et cultures marines.
Depuis 2025, je suis responsable clientèle Crédit Maritime dans le Morbihan. Concrètement, je continue d’accompagner les pêcheurs, ostréiculteurs, mytiliculteurs et l’ensemble des acteurs de la filière maritime, avec une vision globale de leurs enjeux économiques et territoriaux.
Vous ne veniez pas du tout du milieu maritime. Comment avez-vous trouvé votre place ?
Le contraste a été fort au début. Je me souviens d’un patron pêcheur qui m’a parlé de treuils, de panneaux de chalut, de motorisation… Je ne connaissais rien à cet univers.
Pour être légitime, il faut comprendre la réalité du terrain. J’ai donc commencé par aller à la rencontre des professionnels : des pêcheurs, des affaires maritimes, des comités des pêches ou encore des organisations professionnelles. J’ai embarqué, échangé, appris leur vocabulaire, leurs contraintes, leur quotidien. On ne finance pas un bateau de pêche comme on finance un commerce classique. Il faut maîtriser les enjeux techniques, réglementaires et économiques propres à la filière.
Cette immersion m’a permis de gagner la confiance des pêcheurs et de m’ancrer durablement dans cet univers.
Puis, en 2020, lorsque j’ai intégré officiellement la filière maritime comme experte pêche et cultures marines, une nouvelle étape a commencé. Si je connaissais déjà très bien la pêche, j’ai dû approfondir tout le volet cultures marines : ostréiculture, mytiliculture, cérastoculture, etc. Là encore, je suis retournée sur le terrain. J’ai rencontré les exploitants et des comités régionaux, visité les chantiers, compris les cycles de production, les spécificités réglementaires et les enjeux sanitaires.
C’est cette proximité concrète avec les professionnels qui m’a permis d’être crédible et utile dans mon accompagnement.
Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels font face les professionnels que vous accompagnez ?
Les défis sont nombreux, et ils se sont intensifiés ces dernières années. La pression réglementaire est très forte. Les quotas peuvent évoluer d’une année sur l’autre, parfois avec des conséquences directes sur l’équilibre économique des entreprises. Une espèce peut être restreinte ou interdite, alors même que l’activité reposait en partie sur elle.
À cela s’ajoutent les contraintes environnementales, les périodes d’arrêt obligatoires, la hausse des coûts d’exploitation et la difficulté à recruter. Certains bateaux restent à quai faute d’équipage. Le métier est exigeant, physiquement et mentalement, et il attire moins les jeunes générations.
Mais au-delà des contraintes, il y a un enjeu plus large : celui de la souveraineté alimentaire. La pêche et les cultures marines participent directement à l’alimentation de nos territoires. En France, une grande partie des produits de la mer consommés est importée. Maintenir une pêche artisanale locale, responsable, ancrée dans nos ports, c’est préserver un savoir-faire, des emplois et une capacité à produire ici.
C’est aussi une économie essentielle pour nos littoraux. Derrière un bateau ou une exploitation ostréicole, il y a tout un écosystème : mareyeurs, chantiers navals, fournisseurs, transporteurs. Accompagner ces professionnels, c’est soutenir une chaîne de valeur complète, profondément liée à nos territoires.
Pour moi, c’est une grande fierté de contribuer, à mon niveau, à cette dynamique.
Y a-t-il eu des moments marquants dans votre carrière, des expériences qui vous ont particulièrement touchée ?
Oui, bien sûr. Il y a parfois des moments très durs. Des drames en mer, des accidents, des familles touchées par des intempéries. Dans ces situations, nous ne sommes plus simplement dans une relation bancaire : nous accompagnons des personnes, des équipes. Ce sont des épreuves qui marquent.
Mais il y a aussi beaucoup de très beaux souvenirs. Financer le premier bateau d’un jeune patron pêcheur, puis le voir, quelques années plus tard, consolider son activité, recruter… C’est très gratifiant de suivre des parcours sur le long terme et de pouvoir mesurer concrètement l’impact de l’accompagnement.
Aujourd’hui, ce qui me touche le plus, c’est cette relation de proximité construite dans la durée. Certains professionnels m’appellent directement lorsqu’ils ont une décision à prendre, un doute, un projet. Ils savent que je connais leur métier, leur entreprise, leur parcours. Avec le temps, je suis devenue un interlocuteur identifié dans le milieu, une personne vers qui l’on se tourne naturellement. Cette reconnaissance se construit année après année.
Je vois clairement le fait d’être une femme comme un atout dans cet environnement. Le secteur maritime reste très masculin, mais cela ne m’a jamais freinée. Au contraire, j’ai le sentiment que cela a parfois facilité les échanges, créé une relation différente, peut-être plus directe, plus humaine.
Votre engagement vient d’être reconnu par la nomination au titre de Chevalière de l’Ordre du Mérite Maritime. Qu’est-ce que cette distinction représente pour vous et pour le Crédit Maritime Grand Ouest ?
J’ai accueilli cette nomination avec beaucoup d’émotion et d’humilité. Quand j’ai appris que mon dossier allait être présenté, je n’y ai pas cru. Je ne me sentais pas légitime. Je me disais que je n’avais “que” fait mon travail. Puis j’ai compris que cette distinction ne récompense pas un acte isolé, mais un engagement dans la durée au service du monde maritime.
Ce qui m’a le plus touchée, ce sont les retours des pêcheurs, des ostréiculteurs, des acteurs de la filière. Cette médaille, je la vois comme une reconnaissance de leur confiance. C’est aussi une reconnaissance pour le Crédit Maritime Grand Ouest. Sans cet ancrage historique aux côtés des professionnels de la mer, rien de tout cela ne serait possible. Mon engagement s’inscrit dans celui d’une banque créée par et pour les acteurs maritimes. Cette distinction vient rappeler l’importance de cette proximité et de cet accompagnement dans la durée.