Entreprendre autrement : Windcoop, la coopérative qui veut décarboner le maritime

Créée en 2022 à Lorient, Windcoop réunit plus de 2 000 sociétaires autour d’un projet de transport maritime à propulsion vélique. Son statut de coopérative d’intérêt collectif permet à chacun, particuliers comme entreprises, de participer à la décarbonation du transport maritime et de prendre part à sa gouvernance. Alice de Cointet, directrice opérationnelle, accompagne depuis mars 2023 cette structuration inédite. Elle revient sur les étapes du projet, son fonctionnement et les engagements qui l’animent.

Alice de Cointet
Directrice Opérationnelle

Quel a été votre parcours avant Windcoop, et qu’est-ce qui a motivé votre arrivée dans la coopérative ?

Après une école de commerce international, j’ai très vite bifurqué vers le secteur associatif et la finance solidaire. J’ai travaillé huit ans chez France Active, un réseau dédié à l’accompagnement et au financement de projets de l’économie sociale et solidaire. Lorsque j’ai quitté Paris pour la Bretagne, j’ai poursuivi dans cet univers au sein de deux associations : l’une de solidarité internationale, l’autre tournée vers l’accompagnement de structures sociales et coopératives.

C’est dans ce contexte que j’ai découvert Windcoop au début de l’année 2023. Ce qui m’a attirée avant tout, c’est son modèle coopératif, plus que le maritime en lui-même, même si j’ai un lien familial fort avec ce secteur. Lever des fonds pour une coopérative d’intérêt collectif représentait un véritable défi professionnel, cohérent avec mon parcours.

Quels sont, selon vous, les principaux points qui caractérisent Windcoop et la distinguent des autres acteurs du maritime ?

Le secteur du transport maritime à propulsion vélique reste très récent. Il y a peu d’entreprises investies sur ce sujet de nos jours et il n’existe aujourd’hui aucun porte-conteneurs à voile en opération. Windcoop est donc pionnier sur cette partie technique.

Mais ce qui fait notre singularité, c’est avant tout notre statut coopératif. Près de 2 000 sociétaires, particuliers comme entreprises, participent au capital et donc à la gouvernance : chaque personne a une voix dans son collège de vote, quelle que soit sa contribution financière. Le capital étant ouvert toute l’année, la coopérative peut lever rapidement des fonds tout en assurant la transparence sur l’utilisation des ressources et les décisions stratégiques. Les résultats éventuels ne sont pas distribués sous forme de dividendes, mais majoritairement réinvestis dans le développement de la coopérative afin de servir un objectif commun.

Ce modèle, qui permet aux sociétaires de se réapproprier le secteur de l’entreprise, porte un triple objectif : développer une innovation maritime durable, contribuer à la préservation des océans et générer un impact social.

Quelles sont les avancées du projet de porte-conteneur à voile ?

 Depuis la création de la coopérative en mai 2022, nous avons travaillé sur trois axes :

  • la conception du navire, avec plusieurs bureaux d’études ;
  • la construction de la future ligne maritime France-Madagascar ;
  • la structuration financière.

Nous avons levé 7 millions d’euros, obtenu un prêt bancaire de la Banque Populaire Grand Ouest garanti par l’État et signé avec le chantier RMK, qui construira notre futur navire. La découpe de la première tôle interviendra dans les prochaines semaines et sa mise à l’eau est prévue au printemps 2027. 

Nous sommes actuellement en levée de fonds pour réunir 3 millions d’euros supplémentaires, nécessaires à la structuration de la compagnie et la mise en exploitation du navire.

Enfin, nous explorons, en lien avec des acteurs institutionnels et portuaires locaux, le développement de nouvelles lignes dans l’océan Indien pour desservir des territoires encore peu connectés, comme Mayotte. Parallèlement, nous travaillons avec des acteurs du café et du cacao sur une ligne transatlantique vers l’Amérique centrale. 

Quel est votre rôle au quotidien dans cette coopérative ?

J’ai été recrutée pour prendre la direction opérationnelle de Windcoop, ce qui signifie que je travaille sur l’ensemble des sujets du projet. Je collabore étroitement avec mes collègues : le développement commercial avec Erwan, la communication et la visibilité avec Bérénice, la vie coopérative avec Anna, et nos représentants à l’international, notamment à Madagascar.

Je gère le management de l’équipe et l’ensemble de la gestion interne, administrative et financière de la coopérative. Une part importante de mon travail est consacrée à la levée de fonds : je pilote les campagnes de financement participatif avec l’équipe et je m’adresse aussi à des investisseurs institutionnels, des fonds d’investissement ou des family offices. Je réponds également à de nombreux appels à projets, nationaux, sectoriels ou européens, pour soutenir le développement de la coopérative.

Enfin, je représente Windcoop à l’extérieur, à la fois dans le secteur maritime et dans l’économie sociale et solidaire. Je siège au conseil d’administration au titre du collège des salariés et participe, avec le bureau de la coopérative, aux orientations stratégiques, tant internes qu’externes.

Quels engagements guident votre travail au sein de Windcoop ?

Sur le volet maritime, mon moteur est de proposer une alternative crédible dans un secteur essentiel mais encore très opaque. La majorité des biens que nous consommons transitent par la mer, et pourtant le fonctionnement de cette industrie reste largement méconnu. Windcoop offre une autre voie : un transport décarboné, transparent, compréhensible par nos clients comme par nos sociétaires. C’est un pari, une innovation qui pourrait inspirer d’autres acteurs du secteur à changer leurs pratiques.

Sur le plan social, je suis très attachée à défendre un modèle d’entreprise collectif. Beaucoup de fonds d’investissement se disent “à impact”, mais très peu acceptent une gouvernance réellement partagée. Notre objectif est de démontrer qu’un autre modèle économique est possible : démocratique, ouvert et orienté vers l’intérêt collectif plutôt que vers le rendement financier. Le succès de notre levée de fonds citoyenne prouve que ce modèle parle aux gens et mobilise.

Le statut coopératif change aussi la manière de lever des fonds et de communiquer. Contrairement aux entreprises classiques qui cherchent surtout des clients, nous cherchons également des sociétaires. Chaque sociétaire devient partie prenante du projet, avec accès à une gouvernance transparente. Aujourd’hui, presque 2 000 sociétaires ont investi, de 100 euros à 2 millions, permettant de lancer le projet plus rapidement et d’impliquer des citoyens et entreprises qui ne seraient pas des investisseurs classiques.

Cette ouverture se traduit aussi par un impact social et territorial fort : Windcoop n’est pas seulement un projet maritime, c’est un projet collectif, ancré sur des valeurs d’intérêt général, d’innovation et de responsabilité. L’objectif est de montrer que l’économie peut être transparente, compréhensible, et qu’elle peut réellement servir l’intérêt collectif.