Passer au contenu principal

L'imagination au pouvoir !


 

​07/03/2016
 
 

L'imagination au pouvoir !

 

Depuis une vingtaine d’années, l’apprentissage de l’innovation s’est radicalement transformé pour devenir une discipline aussi rigoureuse que pertinente pour toutes les organisations qui cherchent à (re)nouer avec la croissance. Avec un grand nombre de théories, les processus d’innovation et leurs dénominations conceptuelles — qui vont du blue ocean strategy(1) à l’open innovation(2) en passant par le business model canvas(3) et le design thinking(4) — ont réussi à caractériser non seulement les grandes étapes structurantes permettant de faire passer une idée à un stade d’innovation, mais aussi à les faire évoluer pour atteindre un niveau de sophistication qui limite (sans les écarter complètement) les échecs.

Les processus ne sont pas les seuls à avoir gagné en maturité ; les phases de créativité permettant de nourrir ces mécanismes se sont aussi dotées d’outils et de méthodes de plus en plus solides. Les classiques benchmarks et veilles concurrentielles se voient accompagnés de techniques désormais courantes comme les brainstorming, mindmapping ou scamper, parmi beaucoup d’autres. Pour autant, aussi nombreuses et variées que puissent être toutes ces méthodes, aucune d'entre elles ne peut remplacer le comportement de l’innovateur, l’attitude qu’il doit adopter pour soumettre à l’organisation dont il a la charge de nouvelles propositions de valeurs.

S’étonner pour imaginer

Si Aristote nous dit que la première qualité d’un philosophe est sa capacité à s’étonner, c’est parce que cette qualité est fondamentale pour qui veut diriger son existence vers la sagesse. La capacité de s’ouvrir au monde, de s’étonner de ce qu’il offre, d’observer avec un œil toujours neuf aide à changer notre regard, à modifier notre prisme pétri de certitudes et d’habitudes. Cette capacité à s’étonner ne semble pas étrangère à la posture que doit recouvrir l’innovateur pour imaginer de nouvelles offres. C’est en effet par sa faculté à observer différemment, à se confronter à des situations inédites, à être surpris par son environnement qu’il réussira à formuler des propositions singulières.

Le biomimétisme est un exemple parmi d’autres de discipline qui permet d’imaginer, en observant la nature en mouvement, de possibles innovations. Le célèbre médecin Devi Shetty a bâti le business model de son hôpital en s’inspirant de celui des photocopieuses Xerox. C’est bien entendu tout l’argument de l’innovation par la sérendipité, qui consiste en la découverte d’une invention de façon tout à fait impromptue, bien souvent dans le cadre d'une recherche concernant un autre sujet.

Apprendre à imaginer

Nous devons apprendre l’imagination. Si les rouages méthodologiques sont déterminants pour mener à bien une invention jusqu’à l’innovation, rien ne serait possible sans l’imagination qui est à la source de l’idée. Ce ne sont donc pas tant des techniciens de l’innovation que nous devons former, que des individus qui portent comme valeur l’étonnement et la curiosité, la soif de savoir et l’avidité. Autrement dit, il est essentiel de promouvoir la valeur imagination.

L’imagination n’est pas innée, nous ne sommes pas déterminés avec plus ou moins de capacité à imaginer. Cette valeur se cultive, elle s’éduque et s’enseigne, elle se transmet. Comme nous l’avons dit, l’imagination c’est savoir être étonné ; notre capacité d’étonnement aussi se cultive. La transdisciplinarité est un exemple utile à ce titre et nous ne pourrons former des « innovateurs-imaginatifs » en restant dans une salle de classe, en nous conformant à des cadres normatifs. Il nous faut nous confronter à des paléontologues et des astrophysiciens, à des chanteurs punk comme à des artisans chocolatiers. C’est en écoutant des promoteurs du biomimétisme et des cosmonautes que d’une part nous nous étonnerons, et d’autre part nous développerons notre capacité à imaginer. La moindre galerie d’art doit être investie pour nous inspirer, un squat d’artistes ne doit pas moins être un lieu de révélation.

Si la diversité, la transciplinarité est prônée par tout un chacun, nous restons souvent frileux quand il s’agit de faire exploser nos structures normatives. Si certaines disciplines peuvent et même doivent respecter certains cadres, l’apprentissage de l’innovation au contraire doit s’en écarter drastiquement pour veiller à faire éclore et développer la capacité d’imagination des futurs innovateurs.

(1) Le blue ocean strategy est un paradigme d'une stratégie d'entreprise.
(2) L'open innovation est un nouveau paradigme de la stratégie.
(3) Le business model canvas est un outil pour dresser un état des lieux du modèle économique d'une entreprise.
(4) Le design thinking est une approche de l'innovation et de son management qui se veut une synthèse entre la pensée analytique et la pensée intuitive.
 
Xavier Pavie
Professeur à l’ESSEC Business School et directeur du centre iMagination
@xavierpavie

 

 


 

 


 

 


 

 


 
Partager :  

acces directs

Ma banque populaire régionale