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Transmettre un bien professionnel

Alain Tourdjman, directeur Études, Veille et Prospective au sein du pôle Stratégie de BPCE, expose les grandes lignes de l’enquête consacrée au marché de la cession d’entreprise en France. Interview.

Cession transmission : profil des dirigeants


Cession-transmission : le profil des dirigeants d’entreprise cédants varie avec l’âge

 

L’étude que vous avez consacrée aux cessions-transmissions de PME(1) recoupait, pour la première fois, des données statistiques et comportementales. Peut-on en déduire qu’il y a un profil type du cédant d’entreprise ?

Alain Tourdjman : Il y a au moins deux profils générationnels chez les dirigeants de PME. Le premier regroupe les cédants « âgés » (dirigeants de plus de 60 ans). Ce sont, pour la plupart, des techniciens de formation qui ont capitalisé sur leur savoir-faire pour fonder leur entreprise. Cette catégorie de dirigeants, qui dispose par ailleurs d’un patrimoine privé, est très attachée à l’entreprise et à sa pérennité. La préoccupation majeure de ces entrepreneurs lorsqu’ils décident de céder leur outil de travail – 49 % déclarent vouloir le faire dans les deux prochaines années – est de trouver un repreneur qui assurera la continuité de l’exploitation. Ils tiennent à ce que leur « dernier acte de gestion » soit un succès. Le second profil correspond à la génération des « quadras ». Ce sont majoritairement des gestionnaires, davantage fidèles à l’esprit d’entreprise qu’à l’entreprise elle-même. Leur patrimoine personnel étant plus limité, leur principale préoccupation est d’ordre économique. Ils sont dans une logique de « rebond professionnel », la cession n’étant pas une fin en soi mais l’occasion de passer à une autre étape de leur parcours et, si possible, de se constituer un patrimoine privé.

Le prix de vente est-il un élément déterminant dans la décision finale de cession ?

 

A. T. : Difficile de dire que le prix est une question secondaire. Il est en revanche rarement un sujet fondamental : 63 % des cédants potentiels (dans les deux ans à venir) se déclarent prêts à accepter une décote pour vendre leur entreprise. Même les jeunes cédants, pour qui la notion de valorisation est plus importante que pour leurs aînés, ne se focalisent pas seulement sur cet aspect de la transaction. Pour une raison simple : ce sujet est le plus souvent « déminé » par les experts qui accompagnent la transaction et aident à fixer un prix qui soit représentatif de l’entreprise. Pour les cédants les plus âgés, le prix n’est pas non plus sans importance mais il est mis en perspective avec d’autres aspirations plus puissantes – notamment cette volonté d’assurer la pérennité de leur « œuvre » – qui les poussent à choisir un repreneur non pas en fonction de sa proposition financière mais de l’instauration d’une relation de confiance. Certains dirigeants tiennent par exemple absolument à ce que leur successeur soit une personne physique. D’autres ne retiennent que des repreneurs régionaux, auprès desquels ils pensent pouvoir obtenir l’assurance que l’entreprise, les emplois, les savoir-faire voire le nom de la société seront préservés. La cession prend souvent la dimension symbolique d’une transmission.

L’environnement économique et « budgétaire » a-t-il un impact sur les cessions d’entreprise ?

A. T. : La France est confrontée à une problématique majeure : l’insuffisance des cessions et le faible taux de renouvellement et de rajeunissement des dirigeants de PME. Les deux phénomènes sont liés car, notre étude le démontre, c’est la fréquence des cessions qui explique le renouvellement générationnel. La dégradation du contexte économique a deux effets contradictoires. D’un côté, elle pousse davantage les dirigeants âgés à souhaiter céder : entre 2006 et 2011, la part de ceux déclarant vouloir vendre dans les deux ans est passée de 36 à 49 %. De l’autre, elle peut induire des mesures fiscales qui vont à l’encontre de ce besoin de fluidification du marché de la cession d’entreprise, qui devrait, à l’inverse, bénéficier de facteurs de soutien tant il contribue à dynamiser le tissu des PME.
 
(1) De 10 à 249 salariés (hors secteurs agricole et financier).

Alain Tourdjman,
Spécialiste du comportement financier des agents économiques et directeur Études, Veille et Prospective au sein du pôle Stratégie de BPCE.​

 


 
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