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Jean-Louis Beffa : Le nouveau visage de la mondialisation


 

​22/06/2016

 « Entretien avec Jean-Louis Beffa : « La Chine est en train de devenir un leader mondial dans les industries de haute technologie »



Jean-Louis Beffa est président d’honneur de la Compagnie de Saint-Gobain et coprésident du Centre Cournot pour la recherche en économie. Il est l'auteur de l'essai Les clés de la puissance, publié au Seuil en 2015.

Quel est, selon vous, le nouveau visage de la mondialisation ?

Nous étions auparavant dans un monde largement dominé par les Américains, sur le plan économique, sur le plan des idées et sur le plan des organisations internationales.
Ce monde a vécu une confrontation d’ordre politique avec la Russie qui avait développé un autre modèle économique, lequel a finalement échoué.
Les pays anciennement communistes sont alors entrés dans une économie de marché, certains plus que d’autres : la Russie partiellement, l’Europe de l’Est et la Chine plus complètement.
Ces mutations ont abouti à un monde bipolaire du point de vue des puissances qui comptent, c’est-à-dire les États-Unis et la Chine. Un exemple de la montée en puissance de la Chine est à ce titre très frappant : dans les industries liées à l’Internet, tout le monde reconnaît la domination des Gafa – Google, Amazon, Facebook et Apple  –, mais cette domination s’arrête aux portes de la Chine. Là-bas, les sociétés dominantes s’appellent Alibaba (site de commerce électronique chinois, NDLR), Wechat (application mobile chinoise de messagerie textuelle, NDLR).

Comment expliquer le regain de vigueur de l’industrie américaine et, a contrario, les difficultés de l’industrie française ?

L’industrie américaine doit son dynamisme d’abord à un système d’innovation qui unit l’université aux start-up ; ensuite à un phénomène constant d’immigration qui permet au pays de disposer d’un flux continu de talents, de personnes qui vivent le rêve américain et ont un tel espoir de réussir aux États-Unis qu’elles supportent les inégalités croissantes de la société américaine. S’y ajoute une position très favorable sur le plan énergétique avec les développements du gaz et de l’huile de schiste. Ni l’industrie européenne ni l’industrie française ne cumulent ces avantages.
Toutefois, toutes les industries en France ne sont pas en difficulté. Il faut distinguer deux types de productions industrielles. Il y a d’abord celles pour lesquelles les concurrents se situent sur le même territoire. C’est ce que j’appelle des métiers régionaux, qui peuvent être multirégionaux quand ils sont exercés dans plusieurs pays. Exemples : Saint-Gobain, Air Liquide... L’industrie française ne rencontre pas de difficultés sur ces marchés. Et puis il y a les industries de métiers mondiaux dans lesquelles une production nationale largement exportée entre en concurrence avec des pays à bas coûts. La différence se fait alors sur la capacité d’innovation, de service, sur la marque, etc. Ce sont des domaines où la France rencontre des problèmes. Mais fort heureusement pas dans tous les secteurs.
 

Le ralentissement actuel de la croissance économique chinoise ne traduit-il pas une perte de puissance ?

Ce ralentissement n’est pas trop inquiétant. La Chine est en train d’accomplir ce que tout le monde attendait : transformer son industrie exportatrice de biens fabriqués à bas coûts et de masse en une industrie de haute technologie. Dans l’aéronautique, dans la fabrication de trains à grande vitesse ou de centrales nucléaires et dans beaucoup d’autres domaines, la Chine est en train de devenir un leader mondial. Le futur plan à cinq ans, qui vient d’être dévoilé par le gouvernement chinois, est par ailleurs totalement centré sur une économie liée à l’Internet et aux start-up. La Chine est ainsi en train de muter d’une société industrielle banalisée en une société de services, avec des entreprises comme Huawei (fournisseur chinois de réseaux de télécommunication, NDLR) parfaitement à la pointe de la technologie mondiale. En outre, je ne crois pas à la faiblesse de son système financier. Quand un pays dispose de 3 trilliards de réserves en dollars et qu’il ne dépend en rien d’un financement extérieur, il peut maîtriser son système financier interne. C’est ce que la Chine est en train de faire, et il n’y a pas de crise de confiance à redouter, y compris pour les fluctuations de la Bourse chinoise qui me semblent, de toute façon, relever davantage du jeu de hasard que de l’appréciation réelle de la valeur des entreprises sur un marché.

Hormis les États-Unis, la Chine n’a donc aucun rival à redouter ?

L’Inde a toutes les lourdeurs administratives d’une démocratie et souffre d’une déficience profonde de ses infrastructures qui l’empêche d’être efficace à l’exportation des biens industriels. Elle cumule également des désavantages du point de vue de l’énergie et n’a pas du tout mis en place un programme nucléaire de la dimension du programme chinois. Enfin, elle présente un déficit grave de sa balance commerciale qui engendre un financement de son économie par l’étranger. C’est la même chose pour le Brésil. Quant à l’Afrique, les pays les plus en pointe d’un point de vue économique comme l’Afrique du Sud, le Nigéria ou l’Égypte n’ont pas encore de système de gouvernance étatique suffisamment efficace. Je crois à un essor rapide et important de l’Afrique car il va y avoir une montée en puissance régulière de tous les pays, notamment ceux où il n’y a pas trop de divergences entre une région musulmane et une région non musulmane. Je songe par exemple à l’Éthiopie qui me paraît être un pays tout à fait intéressant pour des investisseurs. Mais cet essor économique n’amènera aucun pays africain à la dimension de la Chine.

 

 


 

 


 

 


 

 


 
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