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Transmettre son entreprise

​Alain Tourdjman, directeur des Etudes, de la Veille et de la Prospective du Groupe BPCE et de BPCE L’Observatoire, estime que le nombre insuffisant d’opérations de cession-transmission pèse sur la compétitivité du tissu économique.

Transmission


 

​17/12/2015

 

« Il faut faire de la transmission d'entreprise une cause nationale »

« La défense de la création d’entreprise en France est incontestablement aujourd’hui une réussite, un acquis. Il faut à présent mobiliser les pouvoirs publics sur la cession et la reprise d’entreprise pour en faire une grande cause nationale », affirme Alain Tourdjman. L’économiste estime en effet que l’impact macro-économique de la non-transmission des PME et du vieillissement induit de leurs dirigeants est important en termes de compétitivité du tissu entrepreneurial français.
Dans sa dernière étude parue en juillet 2015 et consacrée à la transmission d’entreprise, BPCE L'Observatoire que dirige Alain Tourdjman définit trois univers différents sur cette thématique, en centrant son analyse sur les entreprises de plus de dix salariés, PME et ETI, soit environ 210 000 sociétés. « Les opérations de cession-transmission concernent environ 16 000 entreprises chaque année, dont une partie désormais assez significative – 2 700 – de transmissions familiales », précise Alain Tourdjman.

Des dirigeants en quête d'une opération patrimoniale

Contrairement aux idées reçues, la majorité des opérations de cession-transmission ne sont pas réalisées par des dirigeants arrivant en fin d’activité professionnelle mais au contraire par des chefs d'entreprise de moins de 55 ans. « Ce sont des opérations qui s’inscrivent pleinement dans la logique des affaires et qui obéissent souvent à la volonté du dirigeant de construire son patrimoine financier, constate Alain Tourdjman. Elles côtoient des opérations purement techniques qui représentent plus de 20 % du total. Objectifs : adapter la gouvernance via la création d’un holding ou réallouer le portefeuille d’activités d’un groupe par la cession d’une filiale isolée. Restent les opérations de cession-transmission réalisées par un dirigeant qui arrive à l’âge de la retraite. » Ce sont ces opérations qui posent aujourd’hui problème car, selon le directeur de BPCE L’Observatoire, elles sont trop peu nombreuses.

Un écart important entre la volonté de transmettre et la réalisation

« De nombreux indicateurs prouvent qu’il y a un écart important entre les intentions déclarées de cession et les réalisations, explique Alain Tourdjman. Or ces entreprises n’arrêtent pas pour autant leur activité avec pour corollaire le vieillissement du chef d'entreprise. Ce qui induit des problèmes de deux ordres : d’abord, sur le plan micro-économique, ces entreprises perdent leur dynamisme, n’investissent plus suffisamment et jouent plutôt la carte du désendettement et de la consolidation que celle du développement. Ensuite, sur le plan macro-économique, le vieillissement des dirigeants (près de 21 % ont plus de 60 ans et 8 % plus de 66 ans, contre respectivement 14,5 % et 5,5 % en 2005) nuit à l’efficacité globale de l’appareil productif et enferme les entreprises dans un cercle vicieux : celles qui ne sont pas vendues perdent progressivement leur potentiel de croissance et sont donc de moins en moins cessibles. »

Un manque d'anticipation

« La moitié des dirigeants qui affirment vouloir céder leur entreprise dans les deux ans n’ont encore rien fait, alors que la réalisation d’une telle opération demande en moyenne entre 12 et 18 mois, pointe Alain Tourdjman. Cet immobilisme s’explique souvent par la crainte de rompre la confidentialité vis-à-vis des partenaires de l’entreprise : fournisseurs, banquiers, clients, voire salariés. »

La quête du repreneur idéal

D’autres freins objectifs et subjectifs existent, comme le manque de temps à consacrer au projet, la peur de renoncer à sa position et à son existence sociale en cessant son activité quand on a été longtemps hyperactif, la crainte de ne pas pouvoir faire face à la taxation d’un patrimoine jusque-là professionnel et devenu privé… « Mais surtout, les cédants se concentrent sur la quête souvent longue et difficile du repreneur idéal, pas d’un acquéreur qui a les moyens d’acheter mais d’une personne qui garantira la pérennité de l’entreprise et avec laquelle ils souhaitent établir une relation de confiance, à mi-chemin entre le fils spirituel et l’alter ego, et c’est là l’enjeu le plus important », insiste Alain Tourdjman.

La cession d'entreprise pour dynamiser les territoires

« Il faut d’abord insister sur le fait que la reprise d’une entreprise n’est pas uniquement un moyen de sauver l’emploi, détaille Alain Tourdjman. C’est aussi un redémarrage qui permet à l’entreprise de relancer son potentiel économique avec un taux d’échec finalement très faible et un impact réel sur le dynamisme d’un territoire. Il faut par ailleurs dédramatiser, faire comprendre aux dirigeants concernés qu’il s’agit d’un sujet transversal généralisé dans le pays qu’il convient de banaliser sur le plan technique pour en limiter l’effet symbolique. Enfin, il faut expliquer que la bonne préparation d’une opération de cession-transmission a des effets vertueux en ce sens qu’elle rendra cette dernière plus efficace et plus rentable en termes de neutralité fiscale et de défense du patrimoine familial. »
 

 

Les prémices d'une volonté politique d'accompagnement des cédants

Alain Tourdjman se montre raisonnablement optimiste quant à la prise de conscience globale de l’urgence qu’il y a à mieux accompagner les cédants au vu des dernières orientations prises par les pouvoirs publics. Le rapport de la députée socialiste Fanny Dombre-Coste sur la transmission d’entreprise a ainsi amené Bercy à se positionner en faveur d’un plan spécifique. Un comité de pilotage a été mis en place et plusieurs recommandations issues du rapport Dombre-Coste ont été retenues (mieux former les cédants et les repreneurs sur les enjeux d’une transmission, faire baisser les coûts des transmissions…).
« Ces actions vont dans le bons sens et il y a indéniablement une volonté politique de trouver des réponses », reconnaît Alain Tourdjman qui encourage la mise en place d’actions de formation spécifique, par exemple vis-à-vis de salariés tentés par cette aventure.

 
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