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Bruno Bonnell : « Nous allons vers l’entreprise windsurf »


 

​22/09/2015

 

 

Bruno Bonnell : « Nous allons vers l’entreprise windsurf »

 

Pionnier de la révolution numérique et maintenant robotique, vous évoquez la fin de l’actuel modèle capitaliste. D’où vient cette intuition ?

 

Mon principal talent consiste à savoir lire les « signaux faibles » de la société. Nous nous trouvons bel et bien à un tournant. Les grandes entreprises n’avaient encore jamais connu une telle fragilité ; l’actualité socio-économique nous le montre. Or, cette fragilité doit beaucoup à la floraison des petites entreprises et des start-up que la révolution numérique a fait émerger. Au cours des dernières décennies, la PME de type « chalutier » a pris le pas sur la grande entreprise de type « paquebot », avec ses hiérarchies et ses procédures. Le bouleversement se prolonge avec les start-up de la révolution numérique. Nous allons vers un nouveau modèle : celui de l’entreprise « windsurf ».
 

 

Qu’entendez-vous par entreprise « windsurf » ?

 
Les grandes entreprises fonctionnent à l’image d’un moteur à quatre temps. Après la conception du produit vient la levée de fonds pour le financer, puis la fabrication et enfin la vente. L’entreprise « windsurf », elle, tient du moteur à deux temps : l’invention et la vente. Entre les deux s’insère le principe d’ « effectuation(1) ». Le concepteur soumet son produit, à l’appui du réseau numérique (pour recueillir, analyser les retours et réactions d’une communauté) et de l’imprimante 3D (possibilité d’un prototypage rapide du produit). Dès lors, le concepteur en mesure facilement l’incidence, favorable ou non, auprès de ses consommateurs potentiels et décide ou non de concrétiser le projet. Dans l’hypothèse favorable, des clients intéressés par un produit fabriqué très marginalement ou à fabriquer vont passer commande et déterminer l’avenir de ce produit. C’est dans cette optique que se développe le crowdfunding. Ce bouleversement appelle une autre exigence : le producteur devra réévaluer son produit non plus tous les ans mais tous les trois mois.
 

  
Cela implique de nouvelles manières de travailler, d’innover ?
 

Surtout une nouvelle manière de produire ! Ce modèle qui s’annonce, et qui se vérifie déjà, repose sur une nouvelle façon d’entreprendre que j’appelle « l’entrepreneurisme ». Pour la comprendre, il faut justement revenir aux sources du capitalisme du XIXe siècle. La Révolution industrielle a introduit toute une série d’intermédiaires ou d’intermédiations dans la chaîne de production. Il y avait le concepteur, le fabricant, le vendeur, le distributeur et, en bout de chaîne, le consommateur. Le nouveau modèle fait disparaître ces intermédiaires, en scellant une relation directe entre le producteur et le consommateur. Le numérique et les imprimantes 3D jouent un rôle déterminant dans ce changement.
 

 

Les entreprises de pointe liées au numérique renvoient immanquablement à la Silicon Valley ou à l’Asie. La France et l’Europe ont-elles un avenir dans ce secteur ?
 

La robotique va rebattre les cartes car il y a tout à faire. En effet, Internet reste dominé par la Silicon Valley, mais songez que la robotique, en termes de marché, c’est Internet puissance 1 000. Il y aura bientôt des dizaines de robots dans chaque foyer. Dans cette perspective, la France et l’Europe ont besoin de se mobiliser fortement et commencent à le faire. Rien qu’en France, on compte 60 laboratoires de recherche en robotique. Le fonds Robolution Capital que j’ai contribué à créer reçoit désormais un dossier par jour, contre un dossier par semaine il y a un an. C’est bien le signe d’une prise de conscience chez de jeunes ingénieurs talentueux. Le pays n’en manque pas et je vois déjà de futurs pôles de concentration de ces talents dans des villes à forte capacité de création technologique comme Lyon, Toulouse, Lille ou Nantes.
 

 

Bio express
 
Titulaire d’un master en économie et ingénieur de formation, Bruno Bonnell est un multi-entrepreneur dans le domaine de l’innovation technologique. Il est actuellement administrateur de Robopolis et président d’Awabot, une société de création de plateformes robotiques. En 2012, il a créé avec Primnext et Orkos Capital le premier fonds européen dédié à la robotique de service : Robolution Capital.
 
 
Pour en savoir plus
 
Robolution Capital est le premier fonds d’investissement entièrement dédié à la robotique de service. Il a pour objectif de contribuer activement au développement du secteur sur le continent européen, en soutenant par ses investissements les entreprises spécialisées sur le marché de la robotique de service, tant domestique que professionnelle.
 
 
 
(1) L’effectuation correspond au processus de test direct entre l’entrepreneur et ses futurs clients.

 

 


 

 


 

 


 

 


 
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