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Porter les entreprises de croissance


 

​11/07/2016

 

« Aider les jeunes pousses à grandir pour porter la croissance »



La France est riche en start-up prometteuses qui pourront se développer grâce aux effets conjugués du financement, de l'accompagnement des dirigeants et des dispositifs fiscaux.

Entretien avec Stanislas de Bentzmann, ancien président de l’association patronale CroissancePlus, coprésident du directoire du groupe Devoteam dont il est le cofondateur.


Comment, aujourd’hui, faciliter en France le développement des « scale-up » – les entreprises à forte croissance ?

Si la France compte de très nombreuses start-up innovantes, riches de promesses, et des grands groupes très performants dans le CAC 40, elle n’a malheureusement pas suffisamment d’entreprises moyennes, ces fameuses « entreprises de taille intermédiaire » (ETI), l’équivalent du   Mittelstand allemand qui compte quelque 14 000 sociétés quand la France en totalise moins de 5 000. Si les entreprises françaises ont du mal à se développer, c’est principalement en raison de marges insuffisantes. Certes, leur taux de marge a progressé de 0,5 point en 2014, comme l’indiquent les dernières statistiques de l’Insee(1), mais il reste encore inférieur de 10 points à celui de nos voisins hollandais, allemands, suédois ou autrichiens. Cet écart se retrouve évidemment dans les niveaux d’investissement, de recherche et développement et donc de compétitivité des entreprises.
En cause, le poids des prélèvements obligatoires (fiscalité et charges sociales), supérieur à l’inverse de 10 points à celui des autres pays européens. Aujourd’hui, les prélèvements obligatoires accaparent 25 % de la valeur ajoutée en France contre seulement 15 % outre-Rhin où les charges ont été allégées grâce à la TVA sociale.

Notre cadre fiscal semble pourtant bien adapté à la création d'entreprises innovantes…

Il l’est et il existe incontestablement en France une très bonne dynamique pour les start-up avec notamment le crédit d’impôt recherche (CIR), un dispositif performant. Nous devons également nous féliciter de l’existence du PEA-PME (plan d’épargne en actions destiné au financement des PME et ETI), un outil porté par l’association PME Finance qui a rejoint CroissancePlus en septembre 2015 ; deux associations dont Banque Populaire est membre associé. Toutefois, le financement de ces jeunes pousses demeure insuffisant et le système doit être amélioré pour les aider à grandir. Le PEA-PME doit par exemple être renforcé et l’exonération fiscale liée à un investissement dans une entreprise étendue, au-delà des seuls mécanismes de l’ISF, via l’élévation de son plafond. Pourquoi pas, comme en Grande-Bretagne, jusqu’à l’équivalent d’1,2 million d’euros. Cela permettrait d’orienter l’épargne des Français vers les entreprises plutôt que vers les tableaux de maîtres ou l’assurance vie.

Comment passer d'une start-up à une scale-up ?

C’est une question d’accompagnement des dirigeants, de fertilisation croisée, d’écosystème, mais avant tout, là encore, de financement. Or, les financeurs ont parfois du mal à détecter les entreprises les plus prometteuses. Le financement des nouvelles technologies est compliqué, c’est un métier assez nouveau en France. Nous avons sans doute une plus grande aversion au risque qu’outre-Atlantique où le retour sur investissement est globalement meilleur du fait d’une fiscalité moins élevée.
 

CroissancePlus prône le nécessaire intéressement des salariés aux résultats de l’entreprise. Quels dispositifs faut-il améliorer ou inventer pour cela ?

La loi Macron a remis au goût du jour les attributions gratuites d’actions (AGA) sur lesquelles CroissancePlus a beaucoup travaillé et qui permettent de redonner un peu de flexibilité au système. Une fiscalité de 70 % sur les actions gratuites et les stock options avait enlevé tout intérêt à ces dispositifs. En revenant à 39 %, on peut à nouveau intéresser les salariés et attirer les talents dans les PME quand les grands groupes peuvent jouer, eux, sur les rémunérations. Il faut développer tous ces mécanismes, recréer des plans de stock options mieux encadrés en les attribuant par exemple à au moins 5 % du personnel et en interdisant que la direction en possède plus de 15 %, le tout avec une fiscalité réduite. De même, les bons de souscription de parts de créateur d’entreprise (BSPCE), limités aux entreprises de moins de 15 ans et de moins de 100 millions d’euros de capitalisation, devraient être déplafonnés et élargis à toutes les PME.
 
1. « Les comptes de la Nation en 2015 », Insee Première n° 1 597, mai 2016.

 

 


 

 


 

 


 

 


 
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