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Inflation, pourquoi cela ne devrait pas durer

Revenant sur les raisons de la hausse généralisée des prix depuis plusieurs mois, Philippe Waechter, directeur de la Recherche économique chez Ostrum AM, explique pourquoi le phénomène ne devrait pas durer et détaille les moyens de s’en prémunir.

Quelles sont les raisons du retour de l’inflation ?

À la faveur du redémarrage de l’économie mondiale, l’inflation a fortement rebondi ces derniers mois pour atteindre en septembre dernier 3,4 % sur un an en zone euro et 5,4 % aux États-Unis, loin de l’objectif de 2 % des banques centrales. D’une façon générale, cette tension sur les prix est la résultante d’une reprise économique fulgurante et d’un redémarrage plus chaotique des chaînes d’approvisionnement au niveau mondial. De fait, les forts besoins au niveau de la demande ne peuvent pas, pour l’heure, être entièrement satisfaits par une offre en situation de sous-capacité. Le phénomène est particulièrement tangible sur les matières premières affectant principalement les prix de l’énergie. La hausse des prix du gaz naturel et du pétrole participe ainsi pour moitié à l’inflation en zone euro et pour un tiers à celle aux États-Unis. L’allure des autres composantes de l’inflation a été modérée en zone euro, même si l’on constate une hausse un peu plus marquée dans les services. En revanche, aux États-Unis, l’accélération de l’inflation a résulté de la ruée de la demande des ménages après le versement de la prime Biden au mois de mars 2021.

S’agit-il d’un phénomène transitoire, comme les banques centrales saccordent à le penser ?

Étant donné la part prépondérante des prix de l’énergie dans la tendance actuelle, il y a tout lieu de penser que le phénomène est effectivement transitoire. Car la forte demande liée au redémarrage de l’économie devrait, à terme, se normaliser et faire converger progressivement l’inflation vers les niveaux cible définis par les banques centrales. Cela prendra un peu de temps mais ne laisse pas présager d’emballement des prix. En outre, la base de comparaison ne sera pas la même puisqu’actuellement, les prix sont comparés à ceux constatés alors que la crise sanitaire était plus intense. Le risque de persistance pourrait se manifester si une hausse générale des salaires était constatée. Pour l’instant, ce n’est pas encore le cas ni aux États-Unis ni en zone euro. Les salaires augmentent dans certains secteurs marqués par une pénurie de main-d’œuvre, c’est notamment le cas dans l’hôtellerie-restauration ou chez les chauffeurs routiers. De plus, les effets de la prime Biden se réduisent car les sommes versées ont été dépensées.

Y a-t-il un risque de stagflation, comme certains le prédisent ?

La stagflation se définit par une stagnation de l’activité conjuguée à une forte inflation. Le précédent le plus connu est bien sûr celui survenu après les chocs pétroliers des années 1970. À l’époque, l’inflation – qui, en France, avait dépassé à trois reprises les 13 % entre 1974 et 1982 – était d’une ampleur telle qu’elle avait pesé sur la croissance. La raison de cette persistance de l’inflation était l’indexation des salaires sur les prix. Jacques Chirac en France et d’autres dirigeants de pays développés avaient mis en place des clauses d’indexation des salaires sur les prix portant l’inflation à des niveaux excessifs. La fin de ces clauses d’indexation avait permis un retour à la stabilité des prix. Actuellement, il n’est pas question de clause d’indexation. Les conditions pour le retour à la stagflation des années 1970 ne sont pas remplies et le mot ne caractérise pas la période actuelle. L’inflation et les ajustements sectoriels de l’activité avaient permis de lisser l’ajustement macroéconomique après le premier choc pétrolier. Ce n’est pas la même question qui est posée aujourd’hui. Elle le deviendra peut-être si les mesures de lutte contre le dérèglement climatique pour converger vers la neutralité carbone bouleversent la structure de l’activité économique. Cela pourrait arriver plus tard, mais pas dans l’épisode inflationniste actuel.

En attendant, quelles classes dactifs privilégier pour se prémunir contre linflation ?

L’importance de l’inflation pour les marchés financiers provient de son intégration éventuelle dans les taux d’intérêt de long terme. Ce ne sera pas le cas si l’inflation est perçue comme temporaire. Les actions continueront de bénéficier d’un contexte de taux bas puisque nous faisons l’hypothèse d’une hausse temporaire de l’inflation. En conséquence, l’environnement accommodant dont elles profitent depuis le printemps 2020 va se prolonger. Traditionnelle couverture contre l’inflation, les actifs réels n’en réclament pas moins une approche sélective. Si les infrastructures sont aujourd’hui portées par des politiques budgétaires volontaristes, certains plans comme celui poussé par l’administration américaine sont encore loin d’être acquis. Enfin, le marché de l’immobilier post-Covid est sujet à de nombreux changements et interrogations. La généralisation du télétravail, même partielle, suggère, d’une part, de nouveaux usages pour l’immobilier de bureau et, d’autre part, une évolution des besoins en matière de logements.

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