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Covid-19 : la fin du capitalisme néo-libéral ?

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Le 28/04/2020

 

La crise du coronavirus sonne-t-elle la fin du capitalisme néo-libéral ?

 

À la lumière des dysfonctionnements mis en évidence par la crise sanitaire, Patrick Artus, Chef économiste de Natixis, met en perspective les changements qui pourraient bouleverser à terme le modèle de développement économique actuel.
 


 
Bien au-delà de l’aspect sanitaire, le bilan économique de la crise liée à la pandémie de coronavirus soulève nombre d’interrogations. Les mesures de confinement qui ont mis à l’arrêt l’ensemble des moyens de production affectent d’ores et déjà la croissance mondiale. En France, le produits intérieur brut (PIB) s’est ainsi effondré de 6 % sur le premier trimestre, selon les estimations de la Banque de France. Pour certains pays, la perspective d’une récession est inéluctable. Mais ce contexte soulève davantage de questions quant aux bouleversements à venir pour le modèle de développement économique qui prévalait jusqu’alors. L’ampleur et les implications de cette crise sans précédent dans l’histoire contemporaine pourraient en effet sonner le glas du capitalisme néo-libéral.
 
La propagation du virus, le point mort d’une économie mondialisée et les écueils de l’approvisionnement médical sont autant de facteurs qui mettent en lumière les dysfonctionnements de la globalisation. “D’une façon générale, cette dynamique est en décélération depuis 2013, mais la crise actuelle pourrait lui porter le coup de grâce, présage Patrick Artus, Chef économiste de Natixis. Si les flux de capitaux ne devraient pas être altérés, en revanche, cela va très probablement se traduire par une déglobalisation de l’économie réelle caractérisée par un retour à des chaînes de valeurs régionales et non plus mondiales”. Alors que le modèle économique en vigueur avait pour principaux vecteurs l’exportation, la concurrence fiscale, la délocalisation et la baisse des salaires induite par la compétitivité internationale, celui qui pourrait lui succéder sera d’une toute autre nature. “La relocalisation des moyens de production va permettre de se prémunir d’une trop grande dépendance extérieure mise en évidence par la crise sanitaire, poursuit Patrick Artus. À l’échelle régionale, cette nouvelle cinétique s’appuiera sur une demande intérieure forte nécessitant une réhabilitation des politiques de soutien qui y sont liées notamment pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages”. Suivant la même logique, la période devrait s’accompagner d’une hausse conséquente des salaires, en premier lieu dans les secteurs qui ont été aux avant-postes de la crise sanitaire : la santé, la distribution, le transport …
 
Tout porte donc à croire que les États devraient faire leur retour sur le devant de la scène économique. Au-delà des politiques de soutien de la demande, ils prendront en effet part au financement de la relocalisation aux côtés des entreprises. “Conscients de la nécessité d’une production nationale pour des produits stratégiques, les États vont prendre à leur charge une part des investissements industriels à venir, faisant émerger un modèle d’économie mixte basé sur un partenariat public-privé”, estime ainsi Patrick Artus. Mais cette association dans le financement de grands projets structurants va nécessiter de redéfinir ce que ce dernier appelle “l’horizon temporel d’investissement”. “Plus prospectifs, les États vont se porter sur des secteurs stratégiques comme l’environnement, la santé, l’éducation ou les industries d’avenir, autrement dit, des thématiques de long terme en totale inadéquation avec les exigences court-termistes des entreprises”, relève l’économiste. Mais le renouveau des politiques industrielles stratégiques implique surtout une hausse mécanique des financements et donc de la dépense publique. Un scénario qui suggère - au-delà des mesures exceptionnelles prises récemment en Europe pour faire face à la crise - de libérer définitivement les États de leurs entraves budgétaires. “Le recours à la dette pour financer les politiques industrielles devrait ainsi reprendre, avance Patrick Artus. Tant que cela ne sert pas à financer le déficit courant, cela ne devrait pas se traduire par une détérioration des comptes publics étant donné qu’il s’agit de projets définis avec une rentabilité économique et financière”.
 
Déglobalisation, relocalisation, soutien de la demande, fin des politiques d’austérité et de la concurrence fiscale sont en substance les caractéristiques du modèle économique post-coronavirus qui pourrait se substituer à moyen terme au capitalisme néo-libéral. “Ce mouvement ne manquera pas de pénaliser les premiers bénéficiaires de la globalisation à savoir des pays industriels dépendants de leurs exportations, suggère le Chef économiste de Natixis. À l’inverse, elle pourrait en avantager d’autres comme la France ou l’Espagne. Du reste, si l’on peut imaginer qu’un tel scénario advienne, il faut aussi s’attendre à ce que cette mutation suscite des résistances dans les pays fortement attachés au libéralisme au premier rang desquels les États-Unis”.

 

 

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